Le Dieu du Jardin

Un petit bonhomme de cailloux sous un ciel étoilé
Image par Springouille, licence CC-BY-SA 4.0

Prologue

Et si votre jardin était dirigé par un petit dieu local ? Ce petit conte répond à un défi lancé il y’a peu.

Ce texte est disponible aussi en videobook illustré par Springouille :

Texte

Le petit jardin était toujours paisible. Les humains de la maison s’en occupaient durant la journée. Ils désherbaient, ils coupaient, ils retournaient la terre et rajoutaient de nouvelles plantations. Ils volaient également les précieuses graines et ils empoisonnaient même certaines plantes. Et cela ne Lui plaisait guère.

À la lune levée, quelques pierres tremblaient au fond du jardin. Elles se rapprochaient petit à petit les unes des autres. Deux points bleus supplémentaires scintillaient à la surface du petit étang, ils passaient inaperçus dans le reflet de la voûte céleste. Il arrivait, le petit Dieu du fond du jardin.

Les pierres tremblantes formaient un petit amas lorsqu’une pierre creuse, remplie d’eau, jaillissait de l’étang. Elle retombait systématiquement sur le petit squelette rocheux. La structure prenait vie sous forme d’un petit bonhomme en cailloux.

Ce petit Dieu avançait gauchement, se balançant de droite à gauche, déversant quelques gouttes de sa tête. Ses yeux brillaient comme des étoiles et il constatait le désastre engendré par les grands humains. Comment de telles créatures pouvaient à la fois détruire et le vénérer, Lui, qu’ils nommaient Main Verte ou encore Suzuriishi ? Et pourtant, Il n’avait rien de vert si ce n’est quelques plaques de vase et de lichen.

Le petit Dieu gagnait un promontoire de terre, surplombant l’étang. Il prenait alors une petite tige de la pelouse de ses doigts pierreux et commandait aux éléments avec sa baguette magique. Il gesticulait vivement en chavirant sa tête clapotante. Il dirigeait le vent et l’eau ; il formait des figures au-dessus de l’étendue d’eau.

Un dragon arrosait allègrement la terre pour la nettoyer de toutes ses souillures. Le petit Dieu marmonnait une incantation pour faire pousser toute plante et tout champignon. Il préparait les murmures du vent du jour afin de guider chaque être, chaque fourmi, chaque puceron. Il en appelait à la Nature pour protéger son territoire.

Le petit Dieu avait perdu toute son eau. Il s’écroulait du haut de son promontoire à la tombée de la lune. Les cailloux s’éparpillaient et sa tête rejoignait une fois de plus les profondeurs de l’étang. Une nouvelle journée commençait, Il était parti en laissant pour seul indice une rosée vivifiante.

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